Le Handicap, un défit du destin: Mr Stephane Fulbert Gbaguidi et ses succès.

S‘il y a un constat qui s’avère une évidence à l’endroit des personnes en situation de handicap dans notre société, c’est qu’elles sont l’objet d’un certain nombre de préjugés pas souvent vérifiés qui les conduisent la plupart du temps vers un état d’esprit qui frôle la sinistrose. Prendre la parole dans un contexte pareil pour entretenir un auditoire ou un lectorat sur le handicap ou sur son handicap devient donc une entreprise pas très aisée. S’il est une évidence que le monde du handicap allie multiplicité et expériences autant riches que variées, il n’en demeure pas moins que lorsque ce cocktail d’expériences et de multiplicité nous est conté par ces personnes qui l’ont vécu, l’émotion est bien plus manifeste et réelle. Voulant rester fidèle à ce constat, ce magazine s’est fait un heureux devoir de donner la parole aux personnes en situation de handicap pour nous conter l’histoire de leurs différentes vies à travers cette tribune.

Tout a commencé dans la matinée
du 23 janvier 1993

Ayant fait mes premiers pas à l’âge de neuf mois, tout a commencé dans la matinée du 23 Janvier 1993. En effet ce jour-là comme à leur habitude, les domestiques entreprirent de dépoussiérer les meubles et de nettoyer la terrasse familiale ; j’étais sous leur garde puisque maman était allée au marché pour faire des emplettes. En tant que petit garçon de dix-huit mois qui venait de découvrir la joie et le bonheur que procure à un Homme l’utilisation de ses membres inférieurs, je m’amusais en courant de gauche à droite dans la maison pendant que les domestiques s’adonnaient consciencieusement à leur tâche de nettoyage. L’instinct de découverte m’ayant animé, j’ai été attiré par la blancheur et les effluves de bulles que dégageait l’eau savonneuse qui permettait aux domestiques de nettoyer la terrasse familiale carrelée. J’ai couru une première fois dans l’intention d’aller m’amuser dans l’eau. Mesurant le danger que cela représentait de me laisser m’amuser dans une eau savonneuse qui plus est étalée sur une surface carrelée, les domestiques  couru afin d’entrer toujours dans l’eau savonneuse cette fois ci par une autre porte se situant à quelques encablures de la première. C’est donc en courant que je suis rentré dans l’eau savonneuse et ayant perdu mon équilibre j’ai glissé et je suis tombé. Sonnées par mes pleurs, les domestiques accoururent à mon secours. Entre temps, maman était rentrée du marché. Plusieurs heures après ma chute je continuais toujours à pleurer. C’est ainsi que les parents décidèrent de m’amener à l’hôpital. Nous nous rendîmes dans un premier temps dans une clinique de référence à akpakpa. Après consultation mes parents ont été rassurés de ce que je n’avais rien de grave. Etant toujours en train de pleurer jusqu’au surlendemain, ils ont décidé de m’amener au Centre Nationale Hospitalier et Universitaire Hubert Koutoukou Maga de Cotonou (CNHU-HKM). Ce n’est qu’après une série d’analyses et de radiographies au CNHU qu’il a été révélé à mes parents que j’aurais dû être plâtré dans les 24 heures qui ont suivi ma chute. Ils se sont donc référés un peu tardivement au CNHU. La sentence était tombée.

‘’Ma chute d’il y a trois jours m’était fatale, je ne pourrai
plus retrouver la motricité et l’usage de mes membres
inférieurs’’.

Vu de mon récit, je n’épiloguerai pas sans inviter
les parents et tous ceux et celles qui ont dans leur
entourage des enfants à se référer le plus tôt possible à
un spécialiste pour le dépistage précoce d’un handicap
éventuel de leur enfant.

Plus tôt il est dépisté, mieux il vaut le handicap

Aussi, est-il important avant et pendant une
grossesse de suivre scrupuleusement les conseils
et les recommandations du médecin, d’avoir des
consultations de conseils génétiques. Le suivi de ces
quelques précautions non exhaustives permettra
de réduire très considérablement les risques pour
contracter un certain nombre de handicaps notamment
ceux qui sont d’origine congénitale. Quant à ceux qui
sont susceptibles d’être acquis après la naissance, il
est impérieux, d’adopter une bonne hygiène de vie,
d’observer une surveillance et un scrupuleux respect des
examens médicaux chez les enfants. Il est par ailleurs
nécessaire de faire un bilan régulier de santé autant
chez l’adulte que chez l’enfant tout en s’imprégnant des
informations et en respectant les consignes de sécurité
afin de minimiser les risques d’accidents qu’ils soient
de travail, de loisirs, de la route ou domestiques. Au cas
où ces accidents seraient survenus, il faudra solliciter
l’intervention et l’aide des organisations de secours (les
sapeurs-pompiers par exemple).

Ayant désespérément tenté de m’aider à retrouver la
motricité et l’usage de mes membres inférieurs, mes
parents se sont tout de même résolu à m’assurer aussi
brillamment qu’ils pouvaient une éducation et une
instruction. Aujourd’hui, à mes vingt-sept (27) ans,
après un parcours non sans difficultés mais empreint
de beaucoup de courage et de détermination, j’ai fait
une formation en communication et en maintenance
informatique. Ce qui m’a permis depuis quelques années
de cogérer avec d’autres amis frères une structure de
maintenance informatique et ses dérivés.

A l’instar de tout individu dans une société,
prendre soin et investir dans l’instruction d’une
personne en situation de handicap c’est lui
assurer un avenir et un plein épanouissement

Lorsqu’on n’a pas pu empêcher la survenue d’un handicap chez une personne, il est un devoir de prendre soin d’elle et de lui assurer une éducation de qualité. En fonction de son type de handicap, il faudra aussi veiller à mener des actions qui auront le mérite de lui garantir une certaine autonomie dans sa vie d’un point de vue globale. A terme, cela permettrait à cette personne de se prendre en charge, de ne pas constituer pour son entourage et pour la société un poids et d’éviter un certain nombre de vices comme la mendicité par exemple. Aussi, puisqu’il y a une sagesse populaire qui enseigne que nul ne sera de trop dans la construction d’une société et par ricochet d’un monde meilleur, on peut donc bien être une personne en situation de handicap et apporter sa pierre à la construction de l’édifice commun.

Nous avons en suffisance ailleurs et autour de nous,
de nombreuses personnes qui ont réussi malgré leur
handicap.

Il ne serait donc pas superflu de nous rappeler encore
une fois qu’il faut prendre un certain nombre de
dispositions afin d’empêcher la survenue d’un handicap
ou à tout le moins de le dépister au plus tôt pour une
meilleure prise en charge. Mais lorsqu’on n’a pu rien
faire pour empêcher sa survenue, il est aussi impérieux
de prendre soin de la personne en situation de handicap
afin qu’elle ne soit demain un poids pour la société.

Pour revenir à mon histoire, j’ai noté en tant que
personne à mobilité réduite depuis mes dix-huit mois,
avec récurrence, durant mon parcours, une forme de
pensée et de pratique qui ne sont pas de façon exclusive
assimilables qu’à notre société. Cela se traduit par
une certaine stigmatisation qui tend à considérer les
personnes en situation de handicap comme n’étant pas
des gens capables, ce qui n’est manifestement pas vrai.

Mu par cette ardente volonté de contribuer à changer
cet état de chose, il était judicieux de mener des actions.

C’est ainsi que depuis un peu plus d’une année au détour d’une réflexion, l’idée du projet de magazine de mode ‘’SANS DIFFERENCE’’ a germé. J’ai donc opté à travers ce projet, de faire mon incursion dans la mode qui est un canal à même d’impacter un nombre de personnes assez important pour atteindre l’objectif de contribuer à donner une image autre que celle que la société s’est faite des personnes en situation de handicap. Autrement, c’est de briser le mur qui sépare les personnes en situation de handicap du reste de la société et aussi montrer que la mode et le luxe sont une affaire de tous.